Avec les records de températures observées et ressenties partout en France, tous les yeux sont rivés sur les bâtiments, et leur capacité d’isolation de la chaleur : ont-ils un rôle à jouer dans la lutte contre le réchauffement climatique, et quel en est le prix ?

Quand la canicule atteint son pic

Personne n’a pu ignorer le pic de chaleur complètement inédit de ce mois de juillet 2019. 
C’est Paris qu’il a choisi comme destination, avec 42,6°C, après le mois de juin le plus chaud jamais enregistré dans le monde.

Les messages de prévention et d’avertissement pour prendre ses précautions se multiplient dans les transports en commun, et dans les grandes villes, mais cette canicule a été lourde de conséquences. Les funestes chiffres de surmortalité sont attendus pour la rentrée.

Cette chaleur exceptionnelle est évidemment encouragée par le réchauffement climatique, qui l’aurait accru de 1,5 à 3°C selon les chercheurs scientifiques de la World Weather Attribution.

Mais la ville de Paris elle-même, ses infrastructures et son architecture auraient-elles aussi apporté leur contribution à ces mois suffocants ?

Une architecture inadaptée ?

Chaque bâtiment parisien a son histoire et sa particularité : les immeubles haussmaniens racontent le grand chamboulement des rues de Paris au 19e siècle, les hôtels particuliers que l’on trouve dans le Marais font voyager dans le temps jusqu’au 17e siècle, les petites courettes apportent leur lot de charme et de romantisme..

Certains possèdent de véritables atouts contre les fortes chaleurs, comme leurs façades en pierre, leurs cours ou les logements transversants qui gardent les courants d’air.

Seulement tous ces bijoux architecturaux apportent aussi leur lot d’entrave à la vie dans la capitale, avec les toits en zinc, en ardoise, sombres ou mal isolés, qui empêchent la fraîcheur de rentrer.

Des projets ambitieux..

Ici entre donc en jeu le plan de la mairie de Paris pour lutter contre le réchauffement climatique, le but étant la neutralité carbone d’ici à 2050, à savoir l’équilibre entre les émissions de gaz à effet de serre d’origine humaine et leur retrait de l’atmosphère par l’homme.

Les travaux envisagés visent à améliorer la capacité énergétique des bâtiments parisiens, par plusieurs moyens : l’utilisation de matériaux bio-sourcés (chanvre, liège, bois..) permet par exemple de moins attirer la chaleur vers l’intérieur, et une meilleure isolation

Les toits végétalisés, ou plus claires, sont également des procédés envisagés pour lutter contre une trop forte température. 

Paris n’est d’ailleurs pas la seule ville à s’y mettre : à Bordeaux, la mairie a prévu la plantation de 20 000 arbres d’ici à 2025, pour végétaliser la ville et la rafraîchir. 

Ces programmes nécessitent des structures humaines et matérielles, et les citoyens peuvent s’engager pleinement dans l’organisation de leur ville à travers un “comité de l’arbre”, tandis qu’un système de sanction sera appliqué pour les entreprises de travaux qui ne respecteront pas les normes engagées par la ville.

… face à une forte opposition

Des projets ambitieux donc, et apparement nécessaires à l’avenir de l’été parisien. Mais des projets qui ne vont pas sans une autorisation d’urbanisme accordée par la ville, et parfois sans le feu vert des architectes des bâtiments.

Le plus grand obstacle reste cependant l’accord des propriétaires, qui ne voient pas l’intérêt à court terme dans un investissement qui n’ajoutera pas de plus value à la revente selon Vivian Dépoues, chercheur à l’Institut de l’économie pour le climat I4CE.

Autre opposition dans ce projet : le mécontentement de certains élus face au projet mis en place par Anne Hidalgo, maire de Paris, accusée d’encourager “l’hyperdensification”, de vouloir mettre en place une “forêt urbaine” et de bétonner la ville.

L’idée est donc simple : rendre Paris plus verte, plus saine, plus fraîche. 

Les moyens d’exécution, eux, sont plus complexes, dès lors qu’il s’agit de revoir la structure profonde d’une ville bien ancrée dans ses habitudes et son histoire.

Partager l'article :