Avec 60 000 adresses rien qu’à Paris, plus d’un milliard de chiffre d’affaire au compteur, Airbnb loge environ 1 touriste sur 7 en France. La célèbre plateforme apparue dans l’hexagone il y a environ 5 ans n’a pourtant jamais été plus exposée aux critiques et ne cesse de se faire de nouveaux ennemis.

Au milieu de tous ces affrontements et accusations, Yooman fait le point.

Économie du partage : idéal ou mirage ?

Airbnb peut être considérée comme l’illustration parfaite de la volonté de s’inscrire dans l’économie du partage : la mise en commun de biens et de services gratuits ou moyennant des frais grâce à Internet.

Ce système a su s’imposer comme un des plus importants facteurs de la hausse des fréquentations touristiques, et pour cause : les avantages tels que la garantie locative pour l’hôte, la possibilité de consulter les avis sur les appartements ou les clients, la facilité de paiement sans intermédiaire..sont bien connus.

Comme le rappelle d’ailleurs l’INSEE dans une étude consacrée au sujet, Airbnb constitue 14 % de l’activité globale des hébergements touristiques marchands. 

Cependant, la part de Airbnb dans l’activité globale en 2018 a bien augmenté par rapport à 2017 (13%), mais à un rythme plus lent. Ceci s’explique par une baisse de l’utilisation de la plateforme par les résidents, tandis que son attractivité augmente pour les touristes et les non-résidents, ce qui est un marqueur important des difficultés rencontrées par Airbnb aujourd’hui.

Elle est accusée :

  • De pratiquer une concurrence déloyale en n’inscrivant pas d’appartements auprès de la mairie, ou en transformant les appartements en hôtels clandestins.
  • De ne pas se soumettre aux règles en vigueur pour le statut d’agent immobilier. En effet, en la considérant comme tel, on la fait se soumettre à la loi Hoguet qui oblige à posséder la carte professionnelle d’agent immobilier pour exercer.
  • De ne pas publier le numéro d’enregistrement sur les annonces publiques, ce qui est sanctionnable d’une amende.

Ce sont donc les villes, les mairies, ou encore les comités régionaux de tourisme, qui font front face au géant de l’hébergement de courte durée, de plus en plus omniprésent.

Les villes ripostent et préparent l’affrontement

Le mécontentement des villes et chaînes d’hôtellerie peut se faire entendre en observant qu’il existe 85 000 chambres d’hôtels à Paris, face à un nombre d’offres sur les plateformes se situant entre 50 000 et 60 000. 

Ce déséquilibre de l’offre entraîne une pression à la baisse des prix de l’hôtellerie, avec la hausse toujours constante du nombre de touristes et du nombre d’annonces, et le constat est terrible : en 2019, les prix de l’hôtellerie parisienne sont à peine ceux de 2013-2014.

Les affaires engagées contre Airbnb sont nombreuses : Le 7 mai 2018, la mairie de Paris attaque Airbnb pour non-respect de la loi sur les numéros d’enregistrement, mais la demande est déboutée pour manque de preuves. Une nouvelle audience avec plaidoirie a été repoussée à octobre 2019 sur le même sujet.

Mais un des plus importants plans d’attaque est celui concernant le statut d’Airbnb : est-ce une plateforme de services électronique ou plutôt un agent immobilier ?

En la considérant comme ce dernier, elle devrait posséder une carte électronique et une garantie financière spécifique. 

Mais alors qu’elle est opposée dans cette affaire à trois professionnels de l’hébergement, Airbnb a été considérée par l’avocat général de la Cour de justice de l’Union européenne comme prodiguant des “services de la société de l’information”, ce qui est incompatible avec les règles évoquées plus haut.

Le verdict est encore attendu, mais la mairie de Paris se dit confiante, argumentant que les amendes ne seraient pas une sanction trop lourde au vu «de l’objectif de lutte contre la pénurie de logements destinés à la location dans certaines zones du territoire national, lequel constitue un motif d’intérêt général»”.

Car la raison profonde des accusations en direction d’Airbnb est bien la mainmise des plateformes comme Booking ou Tripadvisor sur le tourisme local, et surtout leur impact négatif sur la répartition du logement entre les habitants.

Économiquement, le “surtourisme” pose donc problème aux acteurs de l’hôtellerie et de l’immobilier, mais les attaques ont commencé à prendre un tournant politique, avec une interdiction dans certaines villes de la location aux propriétaires non résidents comme à Venise (avec 28 millions de touristes par année, et 28 % des logements occupés par des sites de location), et l’utilisation de ces désaccords pour les prochaines élections de la mairie de Paris en 2020.

L’adjoint communiste à la mairie de paris exprime le mécontentement face à la priorité faite aux touristes, au détriment des résidents cherchant à se loger :





Une alliance inattendue.. pour une prochaine issue ?

Malgré ce climat tendu  et l’impression que ces affaires sont loin d’être terminées, certains acteurs du secteur du tourisme immobilier choisissent de changer de stratégie, et se tournent vers la possibilité d’une alliance.

Par exemple,  le Comité régional du tourisme (CRT) en Creuse, Corrèze et Haute-Vienne a signé un accord avec le géant américain afin d’utiliser son pouvoir d’attraction pour promouvoir des départements ruraux laissés de côté par le tourisme et pour en restaurer le charme .

Michel Durrieu, le directeur général du CRT, considère que ” les plateformes ne sont pas des ennemies. Elles ont rajouté de la capacité d’accueil sur le marché de l’hébergement dit de charme, notamment dans les territoires intérieurs et ruraux, et elles contribuent efficacement à la promotion de territoires plus excentrés”

Airbnb est alors aussi vue comme une solution pour pallier à l’absence d’offre ou à son déséquilibre. Plus encore, les pouvoir publics et les municipalités peuvent s’en servir pour apprendre à connaître leurs touristes, pour améliorer et anticiper les conditions de leurs séjours. Un partage des données d’hébergement aurait donc sûrement lieu entre les partenaires, ainsi qu’un travail commun de promotion et marketing à plus long terme.

Pour finir, à l’image de l’apparition soudaine de l’application Uber et le raz-de-marée qu’elle a provoqué parmi le système de taxis et du service de déplacement, Airbnb a su remettre en question les pratiques des Hôtels et les stratégies des institutions publiques. 

On peut s’attendre à une révision des pratiques d’hébergement et des prestations offertes, pour une meilleure adéquation du rapport qualité prix dans les services d’hôtellerie et d’hébergement.

Entre Affrontement et Alliance, il n’y a qu’un pas, et c’est de l’avenir que tout dépendra.

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