Le cadre, cet employé qui en encadre d’autres, qui a connu une crise de l’emploi en 2018, se trouve aujourd’hui en très bonne position des prévisions d’embauche.

Les résultats récents de l’APEC (l’Association Pour l’Emploi des Cadres) révèlent une situation plutôt favorable pour l’emploi des cadres. Ces prévisions optimistes sont très étroitement liées à la mobilité des cadres ainsi qu’à l’état actuel du processus de recrutement

@Yooman zoom sur ce phénomène.

Montée en flèche du nombre d’embauches

En effet, 280.600 embauches sont envisagées cette année, ce qui constitue une hausse de 5% des CDI ou CDD de plus d’1 an par rapport à 2018. Mieux encore, la barre des 300 000 devrait être dépassée d’ici 2020.
Ce progrès de l’embauche est accompagné par la volonté de 6 entreprises sur 10 d’embaucher au troisième trimestre. 

Sur quoi se basent ces prévisions ? Plusieurs éléments entrent en compte, comme l’investissement des ménages qui semble être stable, et la reprise de leurs dépenses.

Ceux-ci s’expliquent par une confiance des ménages envers la conjoncture actuelle, voire à venir. Il semblerait que les cadres diplômés soient relativement protégés du chômage.

Peut-on expliquer ces résultats par un changement de climat économique ? Il faudrait observer le comportement intrinsèque propre à ces cadres et à ceux qui les recrutent.

Cadres en mutation 

Si les employeurs envisagent de recruter de plus en plus, c’est la disposition  des cadres à changer de poste qui sont les plus déterminantes dans les résultats de l’APEC.
La majorité de ceux-ci envisagent de changer de poste d’ici à 2022, et 64% d’entre eux parlent de la perspective d’une mobilité. A cela, les cadres évoquent plusieurs raisons, comme la volonté d’une évolution professionnelle, ou de changement d’environnement de travail.

Mais toutes les prévisions d’embauche des employeurs, et de mobilité des candidats ne suffisent pas à expliquer une telle accélération de l’emploi d’une année sur l’autre. 

Ce n’est donc ni du côté de l’offre, ni du côté de la demande, mais vers les responsables du recrutement qu’il faut se tourner. 

Les métiers du recrutement et des ressources humaines n’ont pas échappé à la très large accélération des moyens de communication humains, via des outils de plus en plus nombreux et performants. 

Un mail d’approche ou de refus de candidat peut être envoyé en milliers d’exemplaires en une minute, une offre d’emploi est postée sur plusieurs jobboards à la fois, et les CV peuvent être collectés en masse. 

Les recruteurs font face à des besoins de plus en plus urgents, dus aux départs, démissions, mais aussi à une simplification des moyens de communications, des prises de rendez-vous et d’entretiens. Il est effectivement si facile d’envoyer un CV en pièce jointe d’un mail, pourquoi faire attendre et retarder le processus ?

On assiste donc à l’accélération de l’embauche et du recrutement : ce qui prenait 6 mois il y a quelques années met maintenant 1 mois à se mettre en place et à se finaliser.

Cette hyperconnexion est d’ailleurs propre aux métiers des cadres. Elle joue un rôle dans la volonté de changement de poste ou d’environnement de travail : la fondation APRIL et BVA permettent, grâce à une étude, de comparer les utilisations des écrans, e-mails et réseaux sociaux des cadres par rapport aux autres catégories : 

Résultat pour nos cadres ? Leur embauche a connu une hausse de 54% en 5 ans à peine, ce qui va de pair avec la pénurie actuelle de cadres sur le marché du travail.

Ce manque de candidats se retrouve surtout dans les métiers en tensions, dans les secteurs à forte croissance : informatique, recherche et développement ou le service aux entreprises.

Ces secteurs sont protégés du chômage, dans un contexte de digitalisation des entreprises, et donc d’un besoin accru de cadres spécialisés et très qualifiés aux compétences de plus en plus complexes.

L’emploi des ingénieurs a connu une hausse de 11% entre le premier semestre de 2018 et celui de 2019, et on observe 9% d’augmentation pour le secteur du transport et de la logistique (étude faite avec l’APEC et l’AFT Transport Logistique).

Un bilan mitigé pour un climat chancelant

Les bons résultats de l’emploi cadre ne parviennent pas à masquer le malaise et l’incertitude qui commencent à gagner cette catégorie socio-professionnelle : la réforme des retraites, dont la présentation a eu lieu en ce mois de juillet, promet un grand bouleversement pour les cadres. 

De quoi s’agit-il ? Les systèmes de retraites vont fusionner, et les cotisations retraites vont augmenter. 

Le hic : les cotisations des cadres, elles, vont diminuer. 

A court terme, leur pouvoir d’achat va certes augmenter, mais à plus long terme, leurs pensions de retraites seront fortement atténuées. Dominique Prévert, dirigeant de Optimaretraite explique que “si on rapporte cette perte à leur espérance de vie une fois en retraite, estimée à près de 20 ans, chaque 120 points en moins chaque année leur fait perdre un peu plus de 1 040 euros sur leur future retraite. Ils vont donc perdre en retraite trois fois ce qu’ils ont gagné en pouvoir d’achat”. 

Certains envisagent un plan d’épargne, ou de placer le montant des cotisations perdues en prévention face à cette réforme.

Dans ce contexte, une hausse de l’emploi des cadres dans les années à venir ne peut être que de bonne augure.

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